chez moi
Debout

Demain il va être verticalisé. Il lui a fallu aborder la montée degré par degré. Il est longtemps resté à quarante-cinq pour cent tant la tête lui tournait :
- Monte encore Aude !
- Mais vous avez déjà changé de couleur !
- Au moins un ! Il me tarde ! Allez…
- … Encore un alors. Le dernier.
Un degré qu’est-ce que c’est ? Il voulait être debout le plus vite possible, c’était son obsession. Il voulait vite voir la vie comme elle est vraiment et de ne plus lever la tête pour parler. Il a appris plus tard qu’elle le trompait systématiquement. Quand il se croyait à cinquante-cinq, il n’était qu’à quarante. A cinquante-trois, il a vomi. Il n’avait jamais vu une telle agitation dans la salle, avant de s’évanouir. Il s’est réveillé dans son lit avec à son chevet Raphaël et Gilles, le chef kiné à la barbe blanche qui lui rappelle furieusement le vrai quand il l’imagine dans le costume Coca-Cola du lapon, Aude un peu plus loin, comme punie, elle était stagiaire :
- Vous avez fait un petit malaise mais tout va bien. Le pour cent de trop.
L’a aussitôt chaleureusement rassuré Raphaël, avant de ranger le masque à oxygène :
- Mais c’est de ma faute ! Pas d’Aude !
Il se sentait un peu vaseux, mais seule l’idée de sauver Aude s’est imposée façon Il Faut Sauver le Soldat Ryan, quitte à y laisser sa peau. Et gagner un point de plus s’ils l’engueulent de son incorrigible impatience dont elle les avait informés à de multiples reprises, ils lui ont souvent dit de se calmer. Le Père Noël lui a fait un grand sourire et un clin d’œil. Il n’avait pas vu le Champion Olympique au pied de son lit :
- C’est ça un athlète ! Ça m’arrivait aussi de vomir après un gros effort.
- Exactement ! Raphaël, Gilles, c’est de ma faute ! Ma mère a toujours dit que j’étais une tête de mule.
Il la revoit, sérieuse, sans le regarder, glissant subrepticement dans la conversation avec ses copines, sans s’appesantir, souvent en débarrassant :
- Mais méfiez-vous, c’est une tête de mule.
Elle a raison depuis le début. Ils se sont tournés vers elle et lui ont fait ensemble signe d’avancer. Elle s’est approchée comme une enfant prise en faute, ils ont souri :
- Tout va bien Aude ! C’est une tête de mule ! N’est-ce pas ? C’est de sa faute.
Gilles a pris sa jolie main :
- Du bon travail Aude !
Pardonnée, libérée, elle lui a promis devant son chef, les yeux dans les yeux : 
- On arrivera au cent pour cent. On n’en est pas loin.  

Ils y sont arrivés. Elle sautait de joie en courant dans la salle :
- Cent ! Il est à cent !
Martine a roulé à toute vitesse, André a couru presque sans sa canne, elle s’est calée contre lui, Aimé et Gilles les ont rejoints et ils ont tous applaudi. Il a salué de la tête, cabotin comme Franck. Oui, il avait gagné. Ça tournait un peu mais c’était si bon. Il avait oublié combien le monde était beau debout. Il était enfin normal, un homme, un Marsouin, un guerrier Navajo, de la Tribu des Loyaltiens. Il a senti l’air du dessus. Il n’était pas le même, moins de crèmes, plus de sueur. Ils étaient autour de lui, heureux pour lui, quand Isabelle est arrivée :
- Bravo !
Il y a vu un beau signe et fait coucou à sa petite sœur. Gilles lui a massé virilement le ventre de sa grosse main qui faisait des miracles parmi ses dix-sept copines et copains :
- On va arroser ça tous ensemble. Champagne ou Rouge ?
- Rouge !
- Je vais t’offrir le meilleur.
- Merci Gilles. Je peux faire une suggestion ?
- Tout ce que tu veux !
- Alors un St Julien, s’il te plait.
- C’est sur la liste. On va fêter ça !
Il a cru entendre hohoho avant le grand oui ! des témoins de sa victoire.
- Allez ! Au travail !

Il s'est demandé comment il avait pu oublier aussi vite combien le monde est beau debout. Il s'est rappelé qu'on ne passe pas d'un fauteuil électrique à la position de bout sans un long entrainement. Il avait gagné ! Aude l’avait tourné vers la baie vitrée. Le jardin n’était pas pareil, leur olivier avec André n’était pas si grand que ça. Par contre les palmiers l’étaient vraiment. Les mouettes volaient devant lui et pas au-dessus. Il a rêvé d’en voir une de près. Sitôt rêvé, sitôt fait, elle s’est posée sur une branche du figuier. Deux mètres et une vitre les séparaient. Ils se sont regardés façon David Caruso. Il a suivi le mouvement en l'admirant. Et quand il lui a dit merci, elle s’est envolée en riant. Il a souri en grand et remercié la vie plein de fois.  

- Comment vous sentez-vous ?
- Vivant.
Elle avait dégrafé un bouton et s’est penchée en avant en le regardant avec une sensualité qu’il ne lui connaissait pas. Il n’a pas dit clic mais a pris plein de photos. Il n’avait plus mal :
- Cadeau !
- Merci mon Aude. Un cadeau inestimable.
- Pour le photographe que vous êtes.
Il a ouvert la bouche :
- Alors ça a déjà fait le tour ?
- Tout le tour, monsieur Sourire. Avec votre c’est beau une femme. On est même allés voir vos sites ! Et j’ai aimé. Mais vous aviez un autre nom ? Pourquoi ?
- Ca m’est venu dans un rêve. Et puis j’ai repris mon identité sur Terre. Peut-être n’avais-je plus besoin de me cacher ? Ou mon côté schizophrène ? En tout cas, Chris St James a bien bossé et il continue encore, dans ma tête, c’est mon Max. 
- Y en a même qui disent qu’ils vous ont vu voler !

Demain ce sera son troisième cent pour cent. Tout son corps va bien sûr fourmiller sous l’afflux de sang, il demandera peut-être un répit à quatre-vingts, mais il exulte à la seule pensée des sensations vertigineuses qui l’attendent. Debout, la vie prend une dimension qu’il n’aurait jamais soupçonnée avant. Qu’il avait oubliée.




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