chez moi
soldat d'assaut



Centre de Recrutement de l’Armée de Terre
Les 3 jours à Auch
Légion Étrangère vs 4ème Compagnie du 4ème RIMA
Où ?
Le stage commando
Capitaine-Jean
Herenui
Le piton
Gardien-chef de la prison
Marines vs Paras
Un débarquement de nuit
Marines vs Marins
Rengagez-vous !



Le 27 janvier 2015

Ce livre m’a été inspiré après la publication de « Le journal du Colonel Officier d’ordonnance du Maréchal Liautey », mon grand-père côté paternel, papi-Jo, la gloire paternelle.

Comme lui, j’ai écrit ce qui m’a le plus marqué, forcément. Et puis, trente-six ans après je ne peux pas me souvenir de tout. Il l’a écrit lui-même dans son prologue.

Comme lui, je n’ai pas tout expliqué, comme l’arrivée en bus à la caserne du 4ème Régiment d’Infanterie de Marine, la Coloniale de papi-Jo. J’ai sauté les aboiements des sergents, la boule à zéro, les vaccins, le bizutage, les gars qui tombaient de fatigue, le rangement du paquetage, du placard, les nettoyages des couloirs à la brosse à dent, des arts ignorés du grand public.

J’ai oublié volontairement de mentionner ce que j’ai appris pour défendre ma patrie. Le couteau, c’est un peu gore mais discret, le bon dans le mauvais. J’ai survolé les rudes classes, oublié les dix kilomètres hebdomadaires au pas de course dans la nuit avec un sac de quinze kilos de pierres dans le dos. J’ai voulu atterrir  plus vite à Nouméa où je suis passé du paradis des plages tropicales à l’enfer de combats presque aussi vrais que nature. Presque. Car je n’ai pas vu le sang, car je n’ai pas marché entre les membres déchiquetés de mes frères comme Papi-Jo aux Dardanelles :

« Novembre 1915. J’ai vu disparaître une section de mitrailleuses qui exécutait des tirs d’instruction. Me trouvant à environ 200 mètres et allant porter secours à ceux qui pouvaient rester, j’ai eu l’affreux spectacle de ne retrouver que des débris humains éparpillés sur plus d’une centaine de mètres. »

Moi, mon treillis n’était sale que de boue. Je ne me suis jamais plaint car je pensais toujours en débarquant  à ceux qui l’ont fait sous de vraies balles et tout ce que l’homme a inventé pour s’entretuer. Moi, je n’avais pas à me plaindre, tout n’était qu’un jeu à côté des vétérans.

Revenu à la vie civile, j’ai eu de vrais regrets de ne pas m’être engagé comme ils y tenaient absolument. Je ne m-y faisais pas au désordre, aux puants de Sup de Co. Là-bas, j’avais un vrai métier et des responsabilités au bord d’une plage de sable blanc et cocotiers avec de superbes vahinés. Même en tenue de combat avec vingt kilos sur les épaules, on les croisait car elles admiraient notre force. Là-bas et dans des ailleurs que je ne connaîtrai que bien plus tard en hôtels cinq étoiles,  j’étais promu à une brillante carrière selon le Colonel du Régiment qui en a rajouté des tonnes pour me faire signer. Mais aujourd’hui que je sais à qui le crime profite, je me félicite tous les jours de mon choix. De toute façon je serais déjà mort au Kosovo, en Irak, en Afghanistan ou sur un de ces de plus en plus nombreux « théâtres d’opérations » où l’Infanterie de Marine paie un tribut de plus en plus lourd. Soldat d’assaut, ça ne sonne bien qu’en temps de paix.    




Centre de Recrutement de l’Armée de Terre


Je ne faisais rien en première année de droit. Je venais de découcher parce qu’avec Piquemal et Carpentier, on s’était levés trois nanas. Ils m’attendaient dans le salon. Je suis resté paralysé à l’entrée, déjà au garde-à-vous. Maman était assise et essuyait ses larmes. Papa était debout, immense car raide comme un piquet. Il ne mesurait pourtant qu’un mètre soixante-douze, mais quand il était en colère il nous semblait un géant. Ses  yeux bleu acier cherchaient les miens fixés sur le coûteux marbre du carrelage :
- Tu ne fais rien, nous sommes d’accord ?
- Oui papa.
Hors de question de ne pas l’être, pas de sa génération : 
- Nous ne sommes même pas à la fin du premier trimestre, correct ?
- Oui papa.
Là, il avait raison. Je ne fréquentais que les chaises du Renaissance avec mes potes qui avaient décroché aussi vite que moi. Maman a étouffé un sanglot. Je n’ai pas eu droit au suspens, heureusement, à sa mine j’aurais imaginé l’enfer :
- Alors plutôt que de perdre un an, tu vas faire ton armée.
Ma mère a fondu en larmes. Je suis resté muet, l’esprit vide. De tout ce que j’aurais pu envisager comme punition gratinée, c’était bien la dernière chose à laquelle je m’attendais :
- Remets ton blouson si on peut appeler ça un blouson, on va au Centre de Recrutement de l’Armée de Terre.
Il n’a pas été question de Marine ou d’Air. Papa ne m’a pas laissé le choix. Dans la famille, c’était l’Armée de Terre depuis des générations.

On y est allés à pied malgré le froid glacial d’un treize janvier dans les rues encore décorées du beau centre-ville de Toulouse. Papa marchait en silence la tête bien droite et le pas affirmé, comme d’habitude, imposant malgré sa minceur, toujours en rage. J’avais laissé un bon mètre entre nous, pas folle la guêpe. Je commençais à prendre conscience de ce qui allait m’arriver. J’allais faire l’armée que tous mes potes refusaient quitte à se faire passer pour fous, catégorie P5 en militaire. Dans l’impossibilité de lui désobéir et en parfaite forme physique, je n’allais pas y couper. Et puis j’ai pensé à ce qu’avaient fait papa et papi-Jo pour la France. L’idée ne m’a pas déplu de faire de même. Plus on s’approchait du Centre et plus elle me plaisait. Au point d’avoir peur d’être réformé. J’allais voir du pays et servir ma patrie comme eux. Sur fond de Marseillaise, j’étais tout content et je me suis même dit enfin pendant que papa m’ouvrait La Porte.

Pendant qu’il discutait avec un militaire très avenant, ils l’étaient moins après, j’ai fait tourner le tourniquet des pubs comme une loterie. Après deux tours, le présentoir s’est arrêté sur l’Infanterie de Marine, la Coloniale de papi-Jo dont j’entendais parler depuis ma plus tendre enfance. J’ai pris la brochure sans réfléchir, conditionné, et je les ai rejoints :
- Voilà ce que je veux faire.
Il a pris la brochure, lu en travers et s’est raclé la gorge. Le militaire souriait de toutes ses dents.
- Tu as vu que c’était dix-huit mois au lieu de douze ?
- Oui.
Je m’en foutais, j’allais voir du pays comme eux. Si je n’étais pas réformé.
- Que tu peux te retrouver à Djibouti ?
- Ou à Tahiti.
J’avais lu vite fait la liste des pays. Papa a souri et m’a ébouriffé les cheveux comme quand j’étais petit et qu’il me disait trop rarement que j’étais bien son fils.
- Allons-y Sergent !

On est rentrés tout guillerets et côte-à-côte. On a même pris un demi ensemble ! Le premier. Entre hommes enfin : 
- Tu sais que tu viens de t’engager dans une troupe d’élite ? 
- Oui. Un peu de ce que tu nous as raconté. Mais j’aime bien !
- En fait, tu n’as pas vraiment idée de ce que tu as signé ?
- Pas vraiment. Mais quitte à faire l’armée autant voyager. Papi-Jo l’a bien fait. Et toi !
- Heureusement, il n’y a pas de guerres !
Il a ri et trinqué, je me suis dit qu’il n’avait pas tort.
- Tu vas en baver, tu t’en doutes je l’espère. Ce sont des régiments semi-disciplinaires.
- Je verrai bien. De toute façon, j’ai signé.
- Tu es bien mon fils.
Il ne m’a a pas ébouriffé les cheveux à cause du public mais il a esquissé le geste.
- Tu vas aimer, j’en suis sûr. Et puis, au moins tu ne perdras pas ton temps et ce sera fait, n’est-ce pas ?
- Tu as raison papa.
Toujours.
- Oui. Mais comment vais-je l’expliquer à ta mère ? Elle ne va pas aimer du tout. Tu l’as vue pleurer quand on est partis ?

Sur le chemin du retour, on n’a pas dit grand-chose. J’étais sûr que papa se demandait comment ne pas se faire engueuler. La seule chose qu’il m’ait dite à voix basse devant la porte :
- Douze mois passe encore. Et c’est obligatoire. Mais dix-huit ? Á l’autre bout de la planète ? Dans les troupes d’assaut ? Á la fin du mois ?
J’ai cru qu’il allait s’étrangler :
- Á tous les coups, ça va me retomber dessus, surtout à cause de tout ce que je vous ai raconté sur votre grand-père. C’est de votre faute aussi, vous m’avez posé trop de questions ! Christian, il va falloir que tu m’aides sérieusement.
- Oui papa ! Je vais tout prendre sur moi. C’est mon choix.
Et rien ne m’aurait dissuadé du contraire. Á moins qu’on me réforme ?



Les 3 jours à Auch


C’est durant les trois jours que j’ai découvert que j’étais daltonien comme papa. Mais en plus bizarre, dans les demi-teintes. Lui, c’était le vert et le rouge, facile. Je me suis fait engueuler par le toubib :
- Mais enfin, vous le faites exprès ? Vous ne voyez pas le chiffre sur la carte ? Un sept ! On recommence.
Ça n’a jamais marché. J’avais beau plisser les yeux, la regarder de loin, de près, je ne voyais rien que des points de couleurs bizarres mais aucun sept ni cinq ni huit. Le reste il me fallait une bonne minute mais je finissais par discerner un nombre que je lui donnais comme on pose une question ? Je me suis demandé si c’était grave. Et surtout rédhibitoire  ? 
- En tout cas vous ne serez pas chauffeur. Restez-là, je vais chercher mon collègue. Il faut qu’il voit ça sinon il ne me croira pas.
Tandis qu’ils rigolaient en me montrant et remontrant les cartes, j’ai eu vraiment très peur d’être réformé.

Passé tous les tests, j’ai été reçu par le Colonel. Un Lieutenant me l’avait dit car à l’époque les grades m’étaient inconnus. Il m’avait aussi bien précisé que c’était rare et qu’il fallait me taire et ne poser aucune question, que répondre. Avant de me faire rentrer dans le saint des saints, il m’a fait réviser le garde-à-vous. Il a ouvert La Porte, ma deuxième grande depuis l’idée de papa. Je suis entré prudemment. Il m’ fait signe de venir avec un sourire. Je me suis un peu détendu, mais j’ai avancé lentement vers son bureau très loin.
- Venez ! Je ne mords pas contrairement à ce qu’a du vous dire Milot.
Il a souri comme on cligne de l’œil :
- Asseyez-vous. Pélier, vous êtes apte au service outre-mer.
J’ai soufflé un grand coup qui l’a fait rire.
- Vous avez eu dix-huit aux tests. Vous êtes l’un des rares à avoir le Bac dans votre classe. Je vous propose d’entrer à l’École des Officiers de Réserve.
J’ai apprécié. Et pas. Officier ! Plus que papa sergent, peut-être Colonel un jour ! Mais papa nous avait raconté plusieurs fois le bus d’officiers de réserve pulvérisé à son arrivée en Algérie. C’est le seul souvenir d’horreur qu’il nous a livré. Celui qui a le plus penché dans la balance :
- Non merci.
- Mon Colonel.
- Non mais merci Mon Colonel.
- Et pourquoi donc ?
Il semblait stupéfait.
- Je veux commencer à la base.
- Mais vous auriez votre chambre, pas de corvées, le mess des officiers ! Vous seriez Lieutenant ! Capitaine !
Je l’ai coupé dans son élan, pas question d’être pulvérisé dans un bus :
- Non merci mon Colonel.
Bizarrement il a souri. Pourtant on ne devait pas lui dire non souvent à voir la trouille du Lieutenant :
- Bien soldat. J’ai fait pareil et je ne l’ai jamais regretté, on ne me la fait pas. Vous faites désormais partie de l’Infanterie de Marine, d’une troupe d’élite et je vous en félicite. Vous serez incorporé le 23 janvier au 4ème Régiment d’Infanterie de Marine à Fréjus. Soit dans dix jours. Vous recevrez votre ordre de mission et vos billets de train à la maison. Est-ce clair soldat ?
- Oui mon Colonel. Je ne m’occupe de rien ?
- Non. Profitez bien de ces dix jours et soyez à l’heure à la caserne. Bien. Maintenant avec vos résultats, 18 aux tests, et votre niveau, vous avez le choix entre trois carrières, infirmier, secrétaire ou Radio au vu de votre dix-neuf sur vingt au test de morse. Soit vingt avec en marge les compliments de l’Adjudant. Que choisissez-vous ?
- Radio mon Colonel.
Je n’ai même pas réfléchi, car c’est l’examen que j’avais le plus aimé. Les dictées musicales de mamie Yvonne avait bien servi mes oreilles.  Les taah et les ti lui m’ont rappelé les blanches et les noires qu’elle nous faisait décoder de plus en plus vite. Grâce aux tortures de mamie pendant nos vacances, j’ai vite capté les signes et les silences. J’ai aimé cette musique et je voulais aller plus loin. Et surtout pas piquer ou rester assis derrière un bureau quand je voulais être un vrai soldat comme papa et papi-Jo, au contact, un guerrier féroce. Il a souri aux éclats :
- Le meilleur choix ! C’est le nerf de la guerre. Soldat, garde-à-vous !
J’ai fait ce que j’ai pu. Le Colonel s’est levé et m’a tendu la main que j’ai prise avec timidité :
- On vous apprendra à serrer plus fort. Bienvenue dans la Coloniale, soldat Pélier. Rompez.

En m’alignant sur ma première place d’arme, j’étais aux anges. J’avais brillement réussi, au-delà de mes rêves les plus fous. J’étais apte au service. Après la cérémonie de bienvenue et quelques consignes, mon garde-à-vous fut presque militaire. Ça y est, j’étais dans la Coloniale ! Radio en plus ! J’ai cru apercevoir un clin d’œil du Colonel, j’ai murmuré :
- Merci papi-Jo.   







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