chez moi
Il compte




Ça a commencé petit à cause de son père qui voulait rouler dans le plus grand silence et mieux valait ne  pas le contrarier. Il n’était pas un monstre. Ho que non. Dur, fier, droit, rigide, juge et bourreau, oui. Dieu en fait. Mais il était aussi surprenant qu’imprévisible et ses rares câlins étaient des pépites. Sa sœur et lui savaient le prendre, les deux à la fois s’il le fallait. Il se faisait toujours avoir. Il ne fallait surtout pas lui tendre une cape rouge comme le faisait son faux-jumeau. Il lui a appris à contourner les obstacles, l’art de la diplomatie, car même s’il ne sortait jamais vainqueur, après de longs monologues, ils trouvaient toujours un compromis acceptable.

Dès qu’il avait ses grandes mains sur le volant de sa grosse bagnole changée par sa compagnie d'assurances tous les deux ans, il se transformait en une bête féroce contre tout ce qui cassait sa moyenne, l’obligeait à s’arrêter et lui vrillait les oreilles, soit les trois à l’arrière et sa femme. Lui, il comptait en silence depuis le début du voyage, évitant soigneusement de se mêler aux disputes. Collé contre la portière à l’abri de la main paternelle ou fraternelle, que des caresses de sa sœur, il comptait les voitures dans l’autre sens, par marques, par couleur, puis les camions à gauche puis dans les deux sens pour corser la difficulté :
- Faites comme votre frère ! Je ne veux plus vous entendre. Et non, clôturait-il d’un ton sans appel en tournant son rétroviseur vers les deux autres tétanisés, pour la centième fois, on n’est pas encore arrivés. Je ne le répèterai pas.
Et ça continuait comme ça toute la route de Toulouse à Marseille. Mais il s’en foutait, il comptait les pins, les oreilles bouchées.

Quand il conduisait, il comptait le nombre de panneaux publicitaires de sa maison au lycée hôtelier où il était prof de tourisme, quinze kilomètres. Il perdait le compte vers les deux-cent tant il était horrifié par un tel matraquage. Il a arrêté de les compter pour ne plus les voir. Quand il étendait son linge, il comptait les épingles, soigneusement, une, deux trois, quatorze, ?, et il repartait du début en se traitant d’andouille, parce que s’il en loupait encore une, il devrait les rerecompter. Il est très content de ne plus avoir à étendre. Quand il vérifie ses dents, sa langue doit rester jusqu’à 8 sur une dent cassée avant de passer à la suivante. 4 à refaire, 8, 3 fois par jour et plus quand il est stressé. 

Il se demande fréquemment combien d’humains font l’amour maintenant, à ce moment précis. Il penche pour des milliards en tenant compte des décalages horaires, des pics du week-ends, des pannes d’électricité et de ceux qui font ça n’importe quand, ses préférés.

Un soir il a compté le nombre de fois où il avait joui seul et à deux, il n’est pas partageur. Ca s’est terminé tard dans la nuit avec une calculette. Il a décompté les milliers de tentatives infructueuses avant d’arriver à la Première Fois dans les toilettes de la maison, la seule porte qui devait être fermée à clé quand il y avait quelqu’un dedans :
- Mais qu’est-ce que tu fais encore dans les toilettes ?
- Je lis ?...
- Il y  a d’autres endroits pour ça. Dépêche-toi.
C’est parti tout seul sur une jolie brune du dernier Play-Boy, leur lecture préférée avant d’avoir dix-huit ans. Il n’a ressenti qu’un profond étonnement. C’était visqueux et pas fameux. Il en a gardé pour l’observer vite sous le microscope du dernier Noël. Il a vu des milliers de têtards qui s’agitaient bêtement dans tous les sens jusqu’à se cogner au bord de la lamelle. Il les a traités d’idiots avant d’apprendre le boulot qu’ils faisaient. La course, des milliards, un marathon mortel, un seul élu. Le plus fort, logique, l’ovule choisit. La deuxième fois fut meilleure et de mieux en mieux jusqu’à ce qu’il parvienne et il est loin d'en être sûr, à 210 212 fois. Passé la surprise d'un nombre à 6 chiffres, et n’ayant trouvé aucun point de comparaison, il s’est dit qu’il en avait tout simplement bien profité. Heureusement. Un truc de moins à regretter.

Dans la foulée de ses comptés, il a appris qu’il y avait 400 000 naissances et 200 000 décès par jour, qu’il inclut parfois dans ses prières, et comme sa mère, en priant pour les enfants d’abord. 4 milliards de nouveaux humains depuis son arrivée sur Terre, jamais il ne l’aurait imaginé sans son toc.

Et une fois par an, le jour de son anniversaire qui approche, il compte le nombre de ses pensées à raison de 66 000 par jour, peut-être un peu plus pour lui qui n’a que ça à faire. Il en est à 1 035 878 000. Et des poussières.




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