chez moi
Au Bois Joli










Dans le joli bois mignon du Père Didou, il se passait des choses bien étranges. Si étranges que Père Didou et ses deux fils décidèrent un beau soir d'été, sous une gigantesque lune rousse qui semblait s'être rapprochée pour éclairer leur chemin, d'y aller voir de plus près.

- Moi je vois rien, maugréa le plus petit, craintif depuis qu'à sa naissance un gros chat noir faillit l'étouffer en s'allongeant dans son berceau sans remarquer la présence d'un petit d'homme bien petit et pas très costaud.
- Attends un peu ! J'ai vu de la lumière là-bas ! l'aiguillonna son grand frère connu pour ses frasque par tous les villageois qui s'en plaignaient depuis sa tonitruante naissance.
- Taisez-vous donc ! leur ordonna leur père, les oreilles et les yeux grands ouverts comme ceux de la chouette qui avait élu domicile dans le grand chêne qui ombrageait leur maison hiver comme été. Mais même dans le plus grand silence, aucun bruit ne vint à eux. Et en fait de lumière il ne s'agissait que d'innocentes lucioles lancées dans une grande conversation sur l'étrange agitation des bois en cette nuit claire.
- Je suis sûr de ne pas avoir rêvé, affirma le père comme pour se convaincre. J'ai entendu de la musique et des rires, j'ai senti l'odeur d'un feu de bois et des marrons grillés. Et puis des chants !

- Moi aussi, renchérit le fils casse-pied-cou pressé d'en découdre avec les envahisseurs.
- Pas moi, murmura le pleurnichard, soucieux de rentrer au plus vite se blottir sous les draps protecteurs de son grand lit de bois installé tout à côté de celui de ses parents.
- Là ! cria plus que ne chuchota leur père. Regardez ! Il y a bien un feu de bois !

Mettant les mains sur leurs têtes, il les força à marcher courbés afin de ne pas se faire repérer. Il était furieux, et inquiet, que l'on puisse ainsi s'approprier ses bois qu'il entretenait avec soin et amour depuis plus de quarante ans. Ainsi penchés, finissant presque en rampant, aussi légers et aériens que possible et sur la pointe des pieds, ils parvinrent aux abords de la clairière et se figèrent sur place. Jamais oeil humain n'avait assisté à pareil spectacle. Leurs jambes se dérobèrent sous eux et ils se retrouvèrent cul par terre sur trois grands oufs si retentissants que tout bruit cessa aussitôt dans la vaste trouée au centre du bois.

Autour du feu, toutes les fées stoppèrent leur vol dans le même instant. Sur la terre ferme, les nains sortirent leurs épées de leurs fourreaux et des arbres descendirent une nuée de petits êtres verts avec de grandes oreilles pointues. Père Didou, Casse-Tout-Tintamarre et P'tite Brindille voyaient s'approcher d'un air menaçant , au bas mot pensa le père en comptant sur ses doigts, près de deux-cent créatures qui n'avaient d'humain que le visage, et encore. La troupe s'arrêta à quelques mètres. Les fées de plus en plus nombreuses voletaient aussi vite que les lucioles attirées en nombre par la prodigieuse lumière qu'elles dispensaient et qui éclairait la clairière et le bois comme en plein jour. Les nains, épées plantées en terre, ne bougeaient plus d'un pouce. Quant aux petits êtres verts pour lesquels le Père Didou n'avait aucun nom, mais que l'on appelait elfes, ils étaient assis sur les branches des arbres les plus proches et les fixaient de leurs grands yeux dorés.

Casse-Tout-Tintamarre, comme à son habitude, se mit à chercher une pierre, Père Didou s'empressa de lui mettre une tape sur la tête, que faire à un contre cent ? P'tite Brindille comme à son habitude commença à entamer un repli stratégique sur ses fesses, Père Didou s'empressa de lui assener une tape sur la tête, à quoi bon fuir devant une troupe si menaçante, armée, volante et aussi agile que les grands singes dont on parlait souvent à la taverne mais que personne n'avait jamais vu.

Des siècles semblèrent passer. Nul ne bougeait. On n'entendait plus que le souffle court de P'tite Brindille tenaillé par une envie de faire pipi comme il ne savait pas qu'elle pouvait exister. Soudain sans que rien ne l'annonçât, la troupe se fendit et s'agenouillât. Père Didou et ses fils retinrent leur souffle, P'tite Brindille pour se faire oublier, Casse-Tout-Tintamarre pour s'élancer à l'attaque le plus vite possible et Père Didou devant la solennité de l'instant qui coupait court à tout bruit, à part le halètement court de son plus jeune fils. Dans une lumière éblouissante qui leur fit cligner des yeux apparut alors comme par magie à quelques mètres d'eux une extraordinaire dame aux longs cheveux bruns, à la peau d'albâtre, aux grands yeux marrons pareils à des soleils, vêtue d'une armure d'or et la tête couronnée d'une tiare dont les pierres jetaient mille feux à la ronde éclipsant la lumière des fées comme le soleil éteint la nuit. Elle les dévisageât longuement tour à tour, les perçant jusqu'à l'âme d'un regard profond comme l'infini. Ils se virent tels qu'ils étaient et des larmes mouillèrent leurs joues. Aucun ne put soutenir bien longtemps l'éclat de ses yeux mais tous comprirent qu'ils n'avaient plus rien à craindre.
- Je suis venue chercher celui que vous nommez P'tite Brindille.
Père Didou ne put s'empêcher de faire rempart de son corps devant son plus jeune fils qui tremblait comme une feuille morte.
- P'tite Brindille, murmura tendrement la reine comme à son oreille, ton père va te dire la vérité car l'heure est venue.
Père Didou avala plusieurs fois sa salive. Ainsi l'instant redouté était arrivé, trop tôt, bien trop tôt, pensait-il tandis qu'un grand froid envahissait son coeur.
- Père Didou, préfères-tu que je lui apprenne moi-même ou assumeras-tu ton rôle jusqu'au bout, avec tout le courage et l'amour que tu y as mis jusqu'à ce jour ?

Père Didou hésitait. Aucun mot ne voulait sortir de sa bouche et sa gorge le serrait au point de l'étouffer. Il pensait à la mère, entendait déjà ses gémissements, il voyait défiler ses douze années de bonheur à élever un petit être tout timide mais si prodigieusement intelligent, et tendre, et affectueux, qui ne leur avait jamais donné une raison de se plaindre. Une larme coula sur sa joue. Il se retourna et saisit le visage de son fils bien-aimé entre ses deux grosses mains calleuses. Casse-Tout-Tintamarre pour une fois était sans voix et sans colère. Toute la troupe attendait les mots du père, quelques fées pleuraient car elles savaient déjà le dénouement de l'histoire, les elfes se pressaient dans les branches les uns contre les autres comme pour se rassurer et les nains toujours agenouillés gardaient la tête basse en guise de respect envers un père que va quitter son jeune fils.

- P'tite Brindille, la Reine que voilà t'a confié à nous alors que tu n'étais qu'un bébé, mais le plus joli de tous les bébés.
P'tite Brindille la tête prise dans les grandes mains de son père écarquillait des yeux pleins de larmes.
- Nous savions qu'un jour elle viendrait te chercher pour que tu poursuives ta destinée car tu es appelé à vivre des aventures que nous serions bien incapables d'imaginer ici.
- Père... gémit P'tite Brindille.
- Regarde-moi, lui demanda doucement la Reine.
Père Didou souleva son fils pour le placer entre ses jambes face à la magnifique guerrière qui brillait plus fort de minute en minute. P'tite Brindille leva un regard timide et fut aussitôt saisi par la grâce, la force et la beauté qui émanait d'elle. Père Didou le sentit se détendre, lui-même fut envahi d'un grand calme et pour la première fois Casse-Tout-Tintamarre connut la paix.

- Tous ceux que tu vois ici et tous ceux que tu verras sont tes amis les plus chers. Nous venons du cinquième monde caché aux yeux des humains que nous protégeons d'eux-mêmes.
P'tite Brindille digéra l'information en serrant très fort les mains de son père. Le regard de la Reine était tendre et son père tout chaud dans son dos, il aurait pu s'endormir tant il se sentait bien.
- Il fallait que tu connaisses ce monde, comme je l'ai connu, et ton père, et le père de ton père. Il fallait que tu connaisses ses habitudes étranges et ses rites absurdes, ses superstitions, ses croyances et son grand coeur qui ne demande qu'à briller comme les notres. Car tu en auras la charge.

P'tite Brindille fut soudainement pris de panique. Comment lui si petit, si chétif, si craintif, souvent effrayé par son ombre lorsque la mère allumait la bougie du soir, comment pourrait-il s'occuper de tout un monde qu'il n'avait jamais parcouru, juste pour aller à l'école ou chercher son père à la taverne quand il oubliait l'heure dans une partie de cartes endiablée ? Père Didou l'enveloppa de ses bras pour le rassurer et lui dit :
- Tout est déjà en toi mon fils, tu sauras en ton temps et ton heure. Et notre amour t'accompagnera où que te mènent tes pas.
Une larme glissa très vite le long de la joue de P'tite Brindille, suivie d'une autre, puis d'une autre encore jusqu'à former une rivière qui mouilla la terre et se transforma en flaque d'où s'éleva une merveilleuse rose blanche. Etonné, il voulut la saisir mais recula bien vite quand en son centre s'ouvrit un oeil qui le fixât.
- Grâce à moi, chanta la Rose, Père Didou et Mère Doudi, et ton grand frère que voilà, pourront une fois l'an à compter de ce jour et où que tu sois te voir et te parler quinze minutes de leur temps exactement. Maintenant tire sur ma tige et donne-moi à ton père.
P'tite Brindille s'exécuta.
- Merci mon fils sourit Père Didou, merci la Rose. 

Les nains se redressèrent, les fées reprirent leurs vols gracieux et rapides tout autour de la Reine et les elfes se mirent à sauter de branches en branches comme les grands singes dont on parlait souvent à la taverne mais que personne n'avait jamais vu. Père Didou se redressa lui aussi de toute sa hauteur entraînant avec lui son jeune fils qui allait bien lui manquer. Il posa un bisou sonore sur le sommet de son crâne. P'tite Brindille se retourna pour l'enlacer très fort tandis que son père lui caressait les cheveux.

 

- Il est l'heure mon fils que je te révèle ton vrai nom. Ici tu étais P'tite Brindille, chez toi tu seras Atlas de Dargan. Et le poussant vers la Reine avec tendresse, va maintenant, va protéger la terre comme je t'ai protégé jusqu'à ce jour.
P'tite Brindille voulut s'accrocher.
- Va te dis-je, ordonna Père Didou la voix tremblante à se casser tant ces mots étaient horribles à prononcer.

La Reine lui tendait la main. ll s'avança doucement, se retourna le temps de voir son père essuyer une larme, son frère se gratter la tête. Il leur fit une dernier signe et saisit la main, et disparut, lui, elle, et toute la troupe, nains, elfes et fées, aussi soudainement qu'ils étaient apparus.

Père Didou et Casse-Tout-Tintamarre restèrent là de longues minutes dans l'obscurité seulement éclairés d'une gigantesque lune rousse et du ballet des lucioles toute contentes de retrouver leur nuit coutumière.

- Allez, viens mon fils. Il est temps de rentrer, la mère doit s'inquiéter.
- On le revoit quand ?
Père Didou lui montrât la Rose :
- Dans un an à compter de ce jour.
- C'est long !
- Et pour quinze minutes seulement.
- C'est court !
- Il est temps que je t'apprenne la patience. Allez ! En route !




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