chez moi
Le conte de Souris

Souris est sur le départ

Je vais vous conter l'histoire d'un petit chat nommé Souris. En effet, par un capricieux effet de la nature il était resté aussi petit qu'un chaton, ce qui le mettait dans des colères noires lorsqu'on le saisissait en le traitant de très joli chaton. Parce que si la nature ne l'avait pas gâté côté taille, elle avait été très généreuse quant à son intelligence : Souris comprenait le langage humain. Il n'avait eu aucun effort à faire, il comprenait tout ce que les humains disaient depuis sa naissance. Et s'est vite rendu compte qu'il valait mieux rester discret sur la chose pour ne pas finir comme animal de foire ou cobaye écartelé sur une table chirurgicale tandis qu'on lui découpait la calotte crânienne dans un laboratoire top secret enfoui au vingt-huitième sous-sol d'un bâtiment fortifié où ne pourrait même pas pénétrer un puceron. Il avait très vite appris en regardant la télé à longueur de journée le sort qui était réservé par les humains à tout ce qui est différent d'eux. Il avait aussi constaté avec stupeur et dégoût qu'on mangeait les siens dans certains pays, que dans la plupart mieux valait ne pas être noir, et qu'il fallait aussi éviter les champs la nuit au risque d'une décharge de chevrotines. La télé étant tout le temps allumée et Souris toujours devant, il sut rapidement qu'il devait être prudent quant à ce qui le rendait différent de ces congénères. Le monde étaient dangereux pour les animaux qui finissaient souvent grillés puis à la poubelle, de si beaux restes.

Si Souris n'eut pas à apprendre le langage de l'homme, il dut néanmoins apprendre comment se comporter en chat. Une fois, jeune et inconscient, par un jour de grand faim, sa maîtresse occupée au téléphone à parler du maître qui avait une maîtresse, il décida d'aller se faire un petit frichti sur le pouce. Il se faufila jusqu'à la cuisine, ouvrit le frigo, se saisit d'un demi poulet absolument délicieux et là depuis deux jours, donc abandonné selon son schéma de pensée du moment, le posa dans sa gamelle, alla se chercher une assiette, une fourchette et un couteau, eut du mal pour ramener le verre, et s'installa à table comme le faisaient ses maîtres midi et soir. Poser le poulet dans son assiette ne lui posa aucun problème, les dents ça aide, mais ce fut une autre paire de manches avec les couverts. Des doigts lui manquaient. C'est au moment où il plantait sa fourchette bloquée entre ses deux pattes que sa maîtresse pénétra dans la cuisine. A sa bouche grande ouverte et ses yeux écarquillés, Souris comprit qu'il avait fait une boulette. Mais au lui de lui crier après et de le poursuivre avec un journal, elle le prit dans ses bras en lui répétant avec force baisers : " Tu es un génie, je vais te montrer à tout le monde." Ce qui fut le cas. On lui demandait sans cesse de faire quelque chose de spécial, "à leurs yeux" pensait-il, jouer du tambour, ou du piano, sa maîtresse lui avait fait voir cent fois les Aristochats, répondre à des ordres imbéciles, en avant, en arrière, sur le dos, garde-à-vous, sur deux pattes, allumer la télé, zapper, monter le son. jusqu'au jour où il entendit une amie conseiller à sa maîtresse de le montrer à la télé. Souris réfléchit très très vite, la télé il connaissait, ce ne serait plus les quelques amis de ses maîtres qu'il verrait mais toute la planète. A partir de ce jour il fit semblant d'être idiot comme un chat et refusa toute sortie en montrant les dents et hérissant le poil comme il l'avait vu faire par ses congénères.

Depuis il passe son temps sur le fauteuil devant la télévision en préparant avec force détail son départ prochain. Souris a en effet décidé de partir à la recherche d'un chat comme lui. Et de changer de nom.




Souris se prépare


Souvenez-vous. Il était une fois un tout petit chat que l'on surnommait Souris. Nous l'avons abandonné tandis qu'il préparait sa minuscule valise, las du monde des hommes qui voulaient en faire un animal de foire. Car Souris est un chat bien différent des autres. Tout petit certes, si petit que Souris est un nom presque trop grand à porter pour lui, mais surtout prodigieusement intelligent, bien plus que la plupart des grandes et doctes personnes qui se penchent encore aujourd'hui sur son cas comme l'Ogre sur le Petit Poucet.

Et bien le revoilà, devant la télévision à l'heure de son émission préférée "Des chiffres et des lettres", à ruminer comme pas deux, si soucieux qu'il en oublie la virgule après la division par 82. L'échéance se rapproche, il le sait. Sa maîtresse reçoit un courrier de plus en plus volumineux le réclamant à grands renforts de chèque dans des émissions aussi farfelues qu'ineptes, c'est à dire choquantes quand on a un QI qui dépasse les 160, ce qui ne le place pas loin d'Einstein, il a vérifié. Mais là n'est pas son vrai souci.

Partir est tout un poème pour un chat aussi érudit que lui. Au-delà de la simple question du point de départ et d'arrivée qui pourrait bien se confondre selon le dernier traité qu'il a dévoré, au figuré comme au propre pour éviter d'être surpris en train de lire, il y a quand même une certaine nécessité évidente à savoir pour où. Partir, oui, ses bagages sont prêts comme son courage, mais pour aller où ?. C'est à ça que son incroyable tout petit cerveau est entièrement occupé à présent. A ça et à autre chose, avec qui, comment, et quel nouveau nom se trouver. Tout en se lissant les moustaches, il écoute ses neurones se connecter. Tout petit, microscopique aime à sa dire sa maîtresse en lui tripotant le ventre ce qu'il déteste par-dessus tout, il entendait déjà les clic-clics dans sa tête, signes annonciateurs de grandes révélations qu'il ne révélait jamais à personne, petit mais pas fou, souvenez-vous.
- Ma chérie ! J'allais t'appeler !
Souris tend les oreilles.
- Il va bien, oui ! Si tu savais toutes les propositions que j'ai ! Je ne sais plus où donner de la tête. Et tiens-toi bien, tu ne devineras jamais.
Souris saute sur l'accoudoir, prêt au pire.
- Non. Non plus !. Non, je t'ai dit ! Mieux. Tu trouveras pas. Jerry Springer !
Souris manque de tomber à la renverse.
- Si ! Il vont faire le show à la maison ! Mais oui, tu viendras. C'est après-demain.
Consterné, Souris se faufile en douce par la chatière et va se planquer sous une rose à côté d'un puceron à peine plus petit que lui. Deux jours. Il ne lui reste plus que deux jours pour mettre son plan à exécution. Deux jours, c'est si peu. Fini les gamelles pleines et "Le Compte est bon". Deux jours. Il soupire. Pas facile les départs quand on est si petit que l'on peut se cacher dans un trou de souris.
- D'ailleurs, qu'est-ce qui m'en empêche ? se dit-il fort à propos. 




Souris se motive


Nous revoilà avec petit Souris. L'est pas bien grand, c'est vrai, tout perdu dans le canapé rouge de sa maîtresse qui veut bien qu'elle y monte s'il ne se lave pas. Et quoi de mieux que de le faire devant la télévision ?

Se léchouillant d'un air pénétré, il regarde distraitement Bernard Heny Lévy aux prises avec Oprah Winfrey sur la controverse qui s'installe au sujet d'American Vertigo en pré-parution aux Etats Unis alors qu'il est français. Souris n'est pas plus intéressé que ça. L'aime bien Lévy, et Oprah, quoiqu'il préfère un bon film suédois pour se remuer les méninges, mais il s'en fout un peu des nationalités. Il se sent à peine chat, surtout pas homme, est en passe d'émigrer, et de toute façon il n'achètera pas le livre.

La langue lavant à grands renforts de salive le tout petit carré au-dessus de la queue, si difficile à atteindre qu'il lui faut faire des élongations dont il se passerait bien, Souris cherche encore où il pourrait bien aller. Il se repasse sans cesse en boucle tout ce qu'il a vu du monde sur le petit écran, mais rien ne l'attire plus que ça. C'est sûr, à ce rythme-là, il ne partira jamais.

Dehors le soleil brille et le ciel est bleu. Souris va sur le bord de la fenêtre. L'allée qui mène à la maison est déserte. C'est dimanche. Un peu de vent anime les arbres, comme le courant les anémones. Souris regarde le ciel. Si bleu. Du haut de son intelligence, il se demande pourquoi il est né chat. C'est une question qu'il se pose sans cesse depuis qu'il a lu  Nietzsche. Il dispose de la conscience, mais pas des moyens de la révéler. Dans un monde où tous les chats sont gris, comment être accepté si différent. Quelle est cette race qui se croit si supérieure qu'elle ne tolère aucune conscience ailleurs qu'en elle-même ? Souris à ces moments-là devient philosophe révolutionnaire.

Son attention est attirée par des remue-ménages dans le bosquet d'hortensias. Ses oreilles se dressent, il plisse les yeux et remue ses moustaches. Tous ses sens lui indiquent. un chat qui s'est coincé la patte quelque part. La fenêtre fermée l'empêche de discerner les effluves émotionnelles. En quelques bonds, il est dehors, dans la position du sphinx, museau et moustaches en plein travail. Il sent la peur de son congénère. Il laisse passer quelques secondes pour détecter une trace d'agressivité. Rassuré, il se précipite pour l'aider à sortir du piège.

Devant le bosquet, il s'arrête. Pas question de foncer comme un sauvage, Souris connaît les méfaits de la peur. Un miaou l'appelle. Ses oreilles se mettent au garde-à-vous. Un deuxième. Il prend son courage à deux pattes et avance en rampant jusqu'au chat prisonnier.
Leurs regards se croisent. Souris baisse les oreilles. Il se sent tellement petit devant l'énorme fauve qui lui fait face, la patte coincée sous le revolver de l'arroseur. Chat de gouttière peut-être, constate-t-il au vu de la crasse qui semble s'être incrustée dans son poil doré, mais monstrueux, il ferme les yeux.

- Ça va t'prendre longtemps pour m'sortir d'là ? entend-il s'immiscer dans sa peur. Dis ! Tu vas bouger le nain ou j'te promets une sacrée danse quand j's'rai sorti d'là, j'te racont'pas.
Souris sent ses poils se hérisser.
- Dis l'andouille ! T'es comm'tes frères ? Aussi cons qu'eux ?
Une lumière s'allume dans sa tête.
- Mais comment j'vais sortir de là avec un trou duc pareil. Mon dieu, aide ton serviteur !
Souris se lève prudemment et va jusqu'à l'arroseur. Un regard le rassure, ni sang ni problème majeur. En fait, ça doit être la peur qui empêche le monstre de sortir parce que la patte est simplement glissée sous le tuyau. De ses deux pattes Souris le pousse, libérant le chat qui pousse un monumental ouf de soulagement.
- T'es p'têt pas aussi con qu't'en as l'air ! Tu parlerais pas des fois, hein ? Non ? Dommage. Tu dois pas faire des miracles, hein ?. J'f'rai bien la conversation, moi. Les miaous ras la touffe.
- Oui. glisse prudemment Souris.
- Hein ?! sursaute le monstre.
- Oui, je parle. Mais je comprends, surtout.
- Merci mon dieu ! Et tous ses apôtres ! s'exclame le monstre en entamant une gigue irlandaise pas piquée des vers.
En se reculant pour ne pas se retrouver comme quille dans un jeu, Souris sourit. Un petit sourire bien sûr, pour un tout petit chat. Mais un vrai sourire. Qui dit "merci la vie !".




Souris va s'en aller

Souris est revenu dans le canapé de velours, non sans se poser des questions. Après les bla-blas d'usage, c'est ici que tu crèches ?, et on te donne du lait ?
- . Je déteste ça le lait ! A croire qu'on grandit pas chez les humains. Ce qui est loin d'être idiot quand on voit leur trajectoire. Ils restent très longtemps tout petit et passée une courte période de relative sagesse, les revoilà bébé et les fesses sales. J'en sais quèque chos', p'tit !
- J'ai pas senti qu'ils avaient les fesses sales?
- Pas où tu vis, le nain ! Viens avec moi et je vais te montrer le vrai monde.
C'est cette phrase qui lui trotte dans la tête tandis qu'il lustre ses tampons. "Je vais te montrer le monde". Sur ça, il est parti du haut de sa force tranquille. Peut-être s'attendait-il  à ce qu'il le suive se demande Souris, mais pas là, comme ça, pas tout de suite. Il lui faut de la préparation, et terminer son dernier mot.

Souris part à fond de train dans le dressing de sa maîtresse, pousse le meuble à chaussures et déplie soigneusement son dernier mot. A côté, bien rangé dans son fourreau de velours, le Mont-Blanc dont la disparition a mis sens dessus dessous la maison. Il se relit, se gratte derrière l'oreille, tentant de peser chaque mot le plus soigneusement possible pour qu'il ait l'effet requis, "je m'en vais, pleure pas". Une larme tombe sur la feuille et se mélange à l'encre violette. Souris tente de l'essuyer, il ne fait que l'étaler un peu plus à chaque essai. La lettre devient illisible. Consterné il regarde les fruits de sa peine, de grandes zébrures violettes sous lesquelles on ne distingue. plus rien du tout. Il s'était tant appliqué qu'il n'a plus le courage de recommencer. La queue basse, rampant plus qu'il ne marche, il retourne dans le canapé en maudissant les stylos à encre.




Le grand départ


- Maou ?
Souris sort de sa léthargie.
- Maou ?!
Il redresse sa minuscule tête et tourne ses oreilles vers la direction présumée du miaulement inattendu.
- Maou !!! Alors ! T'attends quoi le nain ?
Le monstre doré est sur le bord de la fenêtre. Souris enfonce sa tête dans le coussin.
- C'est que moi, t'inquièt'pas mon pote. Dis donc ! C'est l'grand luxe !
En un bond, il est au milieu du salon.
- Tu peux pas rester, couine Souris les moustaches hérissées. Elle est avec son maître, elle va redescendre !
- T'es un anxieux toi ! Mais ça va te passer. T'es prêt p'tit ?
- Pourquoi faire ?.
Souris ouvre tout grand ses tout petits yeux, ce qui lui donne aussitôt l'air d'un gremlin avant la douche de minuit. Se rappelant avec amertume une dure journée avec les enfants de la voisine, où il a passé la journée enfermée dans une boite à chaussures "pour pas qu'il se transforme en horrible monstre", il les referme aussitôt, prenant ainsi un air rusé qui ne lui va pas, mais pas du tout.
- J'veux t'présenter mon pot', le chat du cur'ton sur la sixième. Il est comme toi et moi, en plus l'a étudié la bible avec son maître. J'suis sûr qu'il va te filer de bons tuyaux. Dis donc, t'aurais pas un peu de lait ?
- Je croyais que tu détestais ça ?
- Y a qu'les imbéciles qui changent pas d'avis. T'en as ou pas ?
- Non.
- Tant pis. Bon, c'est qu'j'ai pas qu'ça à faire. Tu viens ?
- Tout de suite ? s'angoisse Souris.
- T'attends le déluge ? Tu sais, d'après Schnouff, c'est son surnom, en fait il s'appelle Mistou, mais ça faisait pas terrible sur la sixième, c'est pas le genre si tu vois ce que je veux dire. Non, hein ? Tu vois rien, hein ? Dis-moi le nain, que connais-tu du monde en dehors de tes quatre murs ?
- La maison d'à côté, s'empresse d'énumérer Souris, s'arrêtant aussitôt par défaut d'autres espaces qui signifieraient quelque chose à un si gros chat habitué de la rue.
- Ho !. Et à part ça ?
Seul le silence lui répond.
- T'as jamais eu envie de voir au bout de tes moustaches ? Il ne lui laisse pas le temps de répondre. Tu ne t'es jamais senti seul, chaton qui parle ?
- Je ne suis pas un chaton ! le corrige Souris avec véhémence.
- D'accord mon vieux ! le calme le monstre en rigolant tendrement. D'accord, t'es pas un chaton. Mais réponds à ma question : ne t'es-tu jamais senti seul avec toutes tes pensées dans un monde où tous les chats sont gris ?
- La nuit simplement.
- Ben en plus M'sieur a de l'humour ! C'est y quoi ton p'tit nom le na. mon pot' ?
- . Souris ?
Le monstre ouvre des yeux comme des soucoupes et part dans un fou rire, les quatre pattes en l'air en se tenant les côtes.
Souris plisse son museau de l'air le plus mauvais qu'il connaisse :
- C'est pas marrant.
- . Attends ! J'arrive plus à respirer !!!. Ouuu !. Dieu du ciel !. Ouf. Bon. Oui. Souris. Il repart dans un éclat de rire des plus vexants.
Souris ne sait plus où se mettre et maudit sa maîtresse. Il savait qu'il devait se trouver un autre nom avant de s'en aller. Et terminer sa valise qui n'est même pas prête.
- C'est loin ?
- Quoi ?
- Schlouff ! râle Souris.
- Non, non, tu seras rentré ce soir. Tu m'as bien fait rire. Bon. Lui c'est Schnouff, avec un n, tu comprendras, et moi c'est Poussy.
- Comme tous les chats de gouttière, lâche péjorativement Souris sans pouvoir se retenir.
Un grondement sourd lui répond aussitôt.
- M'sieur d'la haute aurait-il des préjugés ?.
- Non !
Souris est terrorisé.
- Je sens que ça va t'faire du bien de voir le monde. Bon, t'es prêt ?

Souris saute du sofa, Poussy l'attend sur le bord de la fenêtre. Il regarde sa maison comme si c'était le dernière fois. Son sofa où il a passé tant de journées à observer les humains se déchirer à tout propos, et rire, et peindre, et écrire ces si jolis livres qu'il a dévoré en regrettant amèrement sa condition féline qui l'empêche de leur révéler sa conscience. Près du caoutchouc traîne le tapis pour ses griffes. Au bas de l'escalier, les escarpins que sa maîtresse a enlevés avant de monter à toute vitesse avec un nouveau maître qui ne lui a pas plu. Poussy attend, sagement, sans le brusquer. Il sait combien le monde est grand quand on n'a jamais connu de lui qu'une toute petite maison, dans un tout petit quartier. Souris pousse un gros soupir. 'Il est temps, il est l'heure", se répète-t-il en boucle, "et puis, je reviens ce soir". Il saute sur le bord de la fenêtre, juste à côté de Poussy, qui lui fait une léchouille entre les deux oreilles avant de bondir pour lui ouvrir la route.




Souris et le vrai monde


Ainsi Souris est parti. Vous vous en souvenez ?. Parti sans laisser de mots, même pas un, à cause d'une encre que personne n'a encore pensé à rendre waterproof. Là, courant comme un dératé derrière un mastodonte de gouttière qui fait au bas mot dix fois sa taille, Souris a le coeur gros. Galopant de toute la force de ses toutes petites pattes pour ne pas se laisser distancer, il songe à sa maîtresse qu'il n'a pas eu le temps de prévenir. Et, entre deux regrets, retenant bien fort ses larmes pour ne pas avoir l'air d'un ridicule chaton à peine sorti de la fourrure de sa mère, il découvre tout autour de lui un nouveau monde qui s'agite dans des sens qu'il n'aurait jamais imaginés.

Qui sont par exemple ces humains assis par terre et qui tendent la main à d'autres humains qui ne semblent pas les voir ? Du tout. Et pourquoi tant d'entre eux parlent-ils tout seul quand ils sont si nombreux ? Et que font ses frères le museau dans les poubelles ?. Il se rend soudainement compte que le monde réel est bien différent de celui de ses séries préférées, et si loin de la douceur de son sofa.

A bout de force et sa petite langue rose pendante comme un gant de toilette sur un fil à linge, ses petites pattes tétanisées par l'effort trop  violent, il s'écroule devant l'entrée d'une épicerie chinoise.
- Poussy, j'en peux plus !.
Poussy revient aussitôt sur ses pas.
- Ça, c'est typique des chato. des nai. Heu, des "chats" qui passent leurs journées vautrés sur un canapé à regarder la télé. Et si tu veux mon avis, j'te conseille de bouger vite fait d'là !
- Mais j'en peux plus ! Regarde mes pattes, il lui montre ses petits coussinets tout rouges.
- Ok mon p'tit pote. On va se poser un peu, promis, mais boug'toi d'là, c'est un conseil.
Soudain une ombre gigantesque recouvre Souris. Avant même qu'il ait le temps d'avoir peur, Poussy le saisit dans ses mâchoires et traverse la rue à toute vitesse, zigzaguant entre les voitures de plus en plus en nombreuses, c'est l'heure de pointe. Avisant une ruelle sombre, il s'y précipite, finissant sa course derrière un vieux tas de cartons.
- Tu peux me lâcher maintenant ? s'inquiète Souris au bout d'un moment qui lui semble durer une éternité, et lui rappelle la théorie de la relativité qu'il a eu bien du mal à comprendre avant de se rendre compte que tout l'était.
Poussy ouvre la mâchoire, Souris tombe de haut.
- Aïe !!! Je voulais dire me poser !.
- Tu l'as pas dit !
Souris soupire.
- Tu peux m'expliquer maintenant ? commence-t-il en râlant, tout honteux d'avoir été transporté comme une vulgaire carcasse de poulet.
- T'as jamais mis les pieds dehors, hein le nain ?
- Je ne suis pas nain !!! hurle Souris toutes griffes dehors.
- D'ac mon pote ! se marre Poussy. Arrête, hou, j'ai trop peur ! Mais t'avoueras quand même que t'es pas des plus grands, et ça va falloir que tu l'avales parce que là où tu vas, on va pas te louper.
- J'peux plus courir. gémit Souris.
- Alors je vais te porter, décide Poussy dans un grand élan de générosité. On va avoir l'air sacrément con, mais bon, on est toujours le con de quelqu'un, hein ?
- Et j'ai soif.
- Dis, tu s'rais pas en sucre aussi ?
- J'ai pas prévenu ma maîtresse.
- T'en as plus. Et t'en as jamais eu ! "Ni dieu ni maître" ! Schnouff t'en parlera. Enfin si on y arrive. En tout cas, faut pas qu'on reste là non plus, semble s'inquiéter Poussy, les oreilles s'agitant dans tous les sens.
- Pourquoi on a fui ?
- Parait que notre viande ressemble à celle du lapin. Enfin c'est c'qu'on dit. Et parait aussi que certains humains jaunes avec de grands couteaux adorent nous mitonner aux petits oignons. T'as pas vu ça sur ta télé ?
- Je ne regardais que les séries, répond machinalement Souris en cherchant dans sa toute petite tête une raison de croire Poussy sur parole. L'ombre voulait nous manger alors ?
- Qui sait ?. En tout cas, c'est le bruit qui circule dans les rues. Dis, t'entends rien là ?
Souris dresse ses oreilles et son museau.
- Pas plus que les bruits de la rue ?.
A peine le temps de finir la phrase que les voilà encerclés par une bande de chats que Souris trouve aussitôt énormes, sales et aussi patibulaires que les plus méchants de tous les méchants de XFiles, sa série préférée. Ce qui se comprend aisément.




Souris aux petits oignons


Et Souris me direz-vous ? Vous dites-vous depuis que je l'ai laissé pelotonné entre les pattes de son immense copain au pelage doré, encerclé par une bande de chats qui ne fréquentent pas que les gouttières au vu des innombrables cicatrices qui parsèment leurs fourrures noires de crasse.
Et Souris, que va-t-il lui arriver, lui, si petit dans un monde si vaste où le danger est aussi omniprésent que les puces qu'il voit sauter d'un pelage à l'autre sans que cela ne semble déranger aucun d'entre eux ?.
La confrontation semble durer une éternité. Poussy ne bouge pas une moustache et Souris se garde de respirer. Ce qui l'amène forcément à reprendre son souffle comme une ancienne locomotive après sa pelletée de charbon, rompant ainsi un silence qui avait le mérite de suspendre le temps.

Tous les yeux sont braqués sur lui. Les babines qui se retroussent sur des dents aiguisées le terrifient.
- L'est bien petit pour traîner par là ! crache un chat gris dont les côtes saillantes avouent un régime en dents de scie, qu'il lèche en terminant sa phrase.
- A peine un amuse-gueule ! ricane un noir à l'oreille cassée.
- P't'être pour do-do-nner du goût à la se-soupe ? bégaie l'édenté.
Souris a le défaut de ses qualités. Sa prodigieuse intelligence est forcément assortie d'une imagination tout aussi fertile. Aussitôt il s'imagine en train de bouillir dans une grande marmite et se colle sous le ventre de Poussy qui n'a toujours pas dit le moindre mot. Toutefois, entre un méchoui et un ragoût dont il serait le met principal, il se dit tout étonné qu'il s'est trompé sur toute la ligne : il n'est pas le seul chat à parler.
- En tout cas, c'est pas lui qui va venir bouffer dans nos poubelles, clôt un chat au pelage soigné en s'approchant de Poussy. Toi, par contre t'es bien gras. Alors comme ça on promène son bébé ?
- Je ne suis pas un bébé ! hurle Souris en bondissant le poil hérissé.
Après un court instant de silence, le temps de digérer l'information, toute la bande, et Poussy avec, se retrouve les quatre pattes en l'air à hurler de rire, ce qui met forcément notre Souris dans une colère noire.
- Je ne suis pas un bébé !!! crie-t-il de toute la force de ses tout petits poumons pour essayer de se faire entendre dans le vacarme de rires de plus en plus tonitruants.
Furieux comme pas deux dès qu'on ose faire allusion à sa taille, Souris se drape dans sa dignité la plus outrée et sort du cercle pour leur signifier tout son mépris, avant d'être brusquement stoppé dans son élan par une patte qui le cloue au sol.
Poussy rugit.
- Lâche-le vite l'andouille où tu vas perdre les quelques dents qu'il te reste !
Tous les chats font aussitôt barrière.
- On va négocier, annonce le chat tout propre qui semble manifestement diriger la meute.
- Tu le lâches d'abord.
- Mais je ne le tiens pas, ricane le chef.
- Mais v'là t'y pas qu'on est tombé sur une bande de comiques ! riposte Poussy les babines retroussées. Dis à ton pote de le lâcher vite fait et après on verra s'il y a quelque chose à négocier.
Les deux chats se jaugent. Souris a mal aux côtes.
- On est huit, t'es un et demi, tu comptes  faire quoi ?
- J'suis pas un de. commence Souris avant qu'une autre patte lui cloue le museau.
- Commencer par toi. D'égal à égal, si t'as pas été castré.
L'insulte est grave. Souris n'en croit pas ses oreilles. Lui, il aurait négocié, tout, tout de suite, tout pour ne finir accompagné de carottes et de navets.
Après un silence qui semble durer des siècles :
- J'ai mieux que ça à te proposer.
Poussy attend.
- Ton nain pourrait bien nous aider.
- J'suis pas. n'a pas le temps de terminer Souris.
Le chef se retourne :
- Miniature ?
- Nnnnn, râle Souris sous la patte dégoûtante qui lui écrase le museau.
- Microscopique ? propose le chat à l'oreille cassée.
- Non, faudrait trouver plus petit que petit, réfléchit sans dents.
- Lilliputien ? lance Poussy pris au jeu.
Souris se débat de plus belle, se sentant trahi au plus profond de son tout petit corps, mais rien n'y fait.
- C'est quoi lili. machin ? demande le chef intrigué.
- C'est une histoire que se racontent les humains. Mais pour les détails faudrait voir avec Schnouff,  j'ai pas tout retenu.
- Schnouff ?!!
- Il a dit Schnouff ?
- Qu'est ce qu'il a dit ?
- Sch-sch-chc-nouff !!!
- Taisez-vous ! gueule le chef. Alors tu connais Schnouff ?.
- C'est comm'qui dirait mon frère.
- On est tous ses frères selon lui. Comment il s'appelait avant ? l'interroge le chef suspicieux.
- Mistou, répond tranquillement Poussy. Mais tu connais la 6ème.
- Et tu pouvais pas le dire plus tôt ! Tope-là mon pote !
Sous les deux pattes qui le maintiennent encore, Souris voit soudainement s'éloigner avec ravissement la casserole et la broche du méchoui.
- Maintenant, tu pourrais p't'être dire à l'autre cornichon de lâcher le nai. Souris, se rattrape Poussy.
Le temps que l'information parvienne aux cerveaux félins, toute la bande se retrouve une nouvelle fois prise d'une crise de fou rire qui finit de rendre Souris fou de rage et vert de honte. Dégagé, il tente de s'échapper à toute vitesse, aussi vite rattrapé qu'un escargot par un lapin de garenne.
Le dernier rire éteint :
- T'allais où par là ? s'informe le chef.
- Chez Schnouff.
- Alors on t'accompagne. Faut qu'on le voit ! Et je crois bien que Sou. Y a pas idée de porter un nom pareil ! Que ton nain est le chaton de la situation.
Souris s'assoit sur son petit derrière, croise ses pattes, et drapé dans le peu de dignité qu'il lui reste, se jure que jamais, jamais, il ne les aidera en quoi que ce soit.




Souris dans les coulisses

Alors ?. Si l'on y réfléchit bien, il se passe aussi plein de choses dans la vie de (petit) Souris. (Je mets les parenthèses car il est très pointilleux sur sa taille). D'abord qui c'est ce Schnouff-Mistou que tous semblent connaître et reconnaître ? Que va-t-on lui demander, lui qui n'est guère plus haut qu'une pomme et qui sait, d'ailleurs ça l'énerve, qu'il n'aura jamais la taille de Poussy ? Que peut-il être le seul à faire dans une telle bande ? Et ce Poussy qui se dit son ami mais le traite de lilliputien, qu'est-ce qu'il est venu faire dans "son" jardin ? Et sa maîtresse ? Le pleure-t-elle ? A-t-elle déjà affiché sa photo sur tous les murs de la ville avec une forte récompense ? Et son sofa ? Et sa gamelle ?. Que devient-elle ?. Confortablement assis sur le dos de Poussy, voilà ce à quoi pense notre Souris sur le chemin qui le mène vers un Schnouff aussi mystérieux que la naissance de l'univers.





l'édito
les éditos mars 2011/juin 2016
Le conte de Souris
soldat d'assaut
Le journal du Colonel
Itinerrances
Un Sacré rêve
Il va être père. A Paul et Angélique
Pendant ce temps à Veracruz 1
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Carnet de voyages
Tropiques Calypso
non-dits, 90 % du message
Marseille
Ma page est encore blanche.
Une rose pour Isabelle
Ma Mama corse
Pendant ce temps à Veracruz 4
TV. Lettre à feu.
Dehors l'oiseau
TV, le Grand zapping
Doumé ! La dournée !
TV again
TV folle !
La page est blanche
On vit
Le Routier
Au-delà de la fiction
La plage bis !
Ecocide
Etat des lieux
Nombre de têtes nucléaires ?
Un monde s'écroule
Chacun sur sa planète.
Le con ducteur de BM
Un soir comm'ça.
Pour trouver ton but
L'Infini nous attend
Belle époque
LE CRI
A la maison de retraite
TV war show, 14 juillet
Pauvres fous que nous sommes
France 5, Arrêt sur Images
Education à refaire
De l'amour.
20000 lieues, Les Goudes
"Elle" s'appelle Edith
Pendant ce temps à Veracruz 5
Il aurait aimé naître femme
Dans ma bibliothèque
Mes dimanches
Chez Ingrid
Le Gai Savoir du Pied
Une rose pour Isabelle
L'Invitation
Le BOYCOTT, arme de reconstruction massive.
Régression
Bonhomme bonhomme
Mon petit Jésus
Quand j'entendrai le glas
Si tu peux te rendre compte
Les attitudes préalables
Carnac vu par Einstein
BLC ATTITUDE
Le contrat qui nous enchaîne
code-barre
Qui est Je ?
Le chant des Baumes
J'ACCUSE
Un bar à Marseille
Matrix, Le Virus
Puissants, vous paierez
Demain c'est Noël
Les obstacles à la communication
Le chemin des étoiles
Merci :-)de tout sur toutJ'étais un moutonBien communiqueritinérrancesj'aime leurs motsFAIS FRONTm'écrireMa vie