chez moi
Alice

Quand l'avant lui revient, il fait comme d’habitude, un coup de Savoir Aimer, et un sourire aux enfants qu'il va bientôt tous rencontrer pour la soirée déguisée, il lui tarde. Il veut y aller, il sait comment les faire rêver. Il s’y est engagé auprès d’Alice qui leur en a parlé, mais il n'a pas encore trouvé le courage, son cœur est devenu trop gros. Il en croise tous les jours quand il va à l'ergo ou à l'atelier percussions. 
- Un homme ça ne pleure pas !
Disaient père et mère élevés à la dure. Mais les larmes ne sont jamais loin. Lui, il a vécu ! Il a eu la chance de faire le tour du monde, de conduire, de se marier et d'avoir des enfants. Il a fait l'amour environ deux-cent-dix mille quatre-vingt-dix-huit fois ! Mais eux ? Pourquoi ? Les yeux brillants malgré son conditionnement, il relativise ainsi tout le temps, comme sa mère :
- Ce n’est rien ce que j’ai comparé à toi et à ta sœur. Moi, je suis vieille, c’est normal.

Le plus dur et le meilleur, c’est quand il attend impatiemment la promenade d’Alice, huit ans, couchée sur le ventre depuis sa naissance et qui finira sa vie ici :
- Dans pas longtemps…
Lui a dit Raphaël un sanglot dans la voix.
- Bonjour Princesse. Bonjour Robert !
Habitué, le brancardier leur laisse le temps d’échanger quelques mots en dépit de son planning très trop chargé :
- Bonjour mon Roi.
Elle est paralysée des orteils au bas du cou, mais rien ne trahit sa souffrance. Que ressent-elle quand elle voit courir ses copines ? Comment a-t-elle accepté ? Son air enjoué et ses yeux malicieux lui montrent le chemin qu’il lui reste à parcourir vers la reconstruction, la dernière étape du deuil de soi, il n’a même pas fini l’acceptation.
- Tu vas où ?!
Ils ne se demandent jamais comment ça va :
- Á l’atelier percussions ! Et toi ?
- Mais tu ne peux pas jouer ?
- J’aime écouter. C’est très beau. Et je sens le rythme dans mon corps.
Ses petites mains caressent ses roues :
- Moi, je vais voir la mer ! Comme toi ! Je t’ai vu de ma chambre.
- J’aime la voir. Elle est si belle notre Méditerranée.
- Immense !-
- Oui. Et tu sens l’iode ?
- C’est quoi l’iode ?
Robert s’en grillait une bien méritée sur le banc :
- Bonne question, princesse. Ferme les yeux. Inspire doucement, les narines ouvertes, voilà. Imagine que tu es un gros nez.
Elle a ri :
- Rouge !
Il a ri. Elle a posé sa main sur la sienne. Il est monté au septième ciel :
- Un nez rouge avec de grandes narines ! Je mets le même !  On va faire un voyage au pays des odeurs.
- Toi et moi ?
- Ensemble.
- D’accord.
Elle a fermé les yeux, il a fermé les siens :
- Qu’est-ce que tu sens d’abord ?
- Le pin !
- Oui ! On est dessous. Et puis ?
- L’herbe coupée. Ça sent bon.
- J’adore aussi. C’est tout frais. Et puis ?
- Je ne sais pas ? Je crois qu’on le met dans la cuisine.
- Le thym.
- Ça sent bon !
- On continue ? Tu n’as pas trop chaud ?
- Tu es gentil avec moi. On continue, je n’ai pas trouvé l’iode.
Une brise venue de la mer les caresse : 
- Là ! Tu as senti ?
- La mer.
- L’iode. Un de ses parfums car elle en a plein. Mais le premier. Tu as trouvé. On est arrivés !
- Tu pourrais faire faire ce voyage aux autres !  Quand est-ce que tu viens nous voir ? Tu me l’as promis !
Elle ne souriait pas, elle lui a même tapé sur la main. Il a eu un pincement au cœur et s’est reproché sa lâcheté qu’il ne pouvait lui avouer :
- Très bientôt, une promesse est une promesse. Je réfléchis encore.
- Plus besoin on a trouvé !
Elle lui a serré la main :
- Tu nous fais  voyager !
C’est comme s’il avait reçu un uppercut, un bon sang mais c’est bien sûr ! C’était son métier ! Les faire voyager, faire rêver :
- Bravo ma puce ! On va faire tous ensemble un voyage au pays des six sens. Goûter, voir, sentir, toucher, entendre et ressentir.
- Ca va être beau !! Je vais le dire à tout le monde !
Elle a ri. Robert s’est levé en souriant :
- Après le bal masqué, on commence ! Tu te déguises en quoi ?
- En Princesse. Pour toi.
Il a retenu une larme in-extremis. 
- Et toi ?
- On n’a pas demandé aux grands de se déguiser.
- C’est bête. Mais si tu pouvais, tu te déguiserais en quoi ?
- En Roi. Pour toi. Pas en lapin ! Tu me vois courir en disant je suis en retard, je suis en retard ?!
C’est beau le rire d’un enfant.
- Tu m’approches sa main ?
Il l’a tendrement embrassée, comme d’habitude. Il l’a regardée s’éloigner, comme d’habitude, partagé entre sa joie et sa peine. Elle lui a fait coucou plusieurs fois, comme d’habitude. Il s’est dit de quoi je me plains, comme d’habitude.

Et si ce n’est pas avec les enfants que s’effacent ses plaintes, simplement parce qu’il n’en a vu aucun, c'est en pensant aux quatre-vingt-dix pourcent de la planète qui souffrent plus que lui, parfois avec le sourire que donne la foi en un ailleurs-meilleur qui leur permet de dépasser leurs cruelles souffrances. Il a son intérieur qu'il aime très fort. Sa grotte, son atelier magique le surnomme-t-il souvent sans oser l’afficher, il y pense. Il a un toit de tuiles roses, le soleil trois cent jours par an, le chauffage, l’électricité. Il a de l'eau au robinet, le frigo plein de ce qu'il adore car il suit les envies de son corps. C’est si beau un frigo plein ! Il a deux cent chaînes, une bouilloire, des tableaux, ses livres, son histoire. Ils sont une légion à s’occuper de lui, il remercie la France. Il a une pension, le nécessaire, et mieux, de moins en moins de superflu. Il fait ce qu’il veut comme il veut quand il veut, quand son corps est d’accord. Il est choyé, protégé, aimé, en toute sécurité dans les dix pour cent des mieux lotis de la planète. Il a quelques raisons de se plaindre bien sûr, mais peanuts à côté de ce qu’il ne voit plus à la télé. Il a toujours ainsi un moyen de perdre sa propre importance.




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