chez moi
Il va être père. A Paul et Angélique






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Paul va avoir une fille.

- Comment tu vas ?
- Top !
Il se rappelle soudainement que je suis assis dans un fauteuil roulant. Si souriant au téléphone qu’il l’avait oublié :
- Heu, ça va… Tu sais la vie ! Repaf ! Non je ne sais plus.
- Je vais avoir une fille !
- Tu vas être papa…
Je laisse traîner ces petits points que je déteste. Là pour éviter de lui dire tout ce à quoi il est loin de s’attendre. Grand blanc, j’enchaîne :
- Tu ressens à quel point tu ne seras plus jamais le même ?
C’est tout moi. Tu me donnes un os à ronger et je le bouffe à toute vitesse.

Tant qu’il est dans son ventre, tu es peinard. Elle a quelques passades bizarres mais bon, tout le monde t’a dit que c’était normal. C’est quand elle perd les eaux, bonjour l’image, que tu commences à te rendre compte très vaguement que ta vie va basculer. Tu t’affoles, les bagages, la voiture, est-ce assez sérieux pour y aller ? Mais elle commence à t’engueuler. Alors tu y vas. Au moins tu auras la paix. Tu croyais revenir tranquille, ton amour rassurée. Et ton attente s’éternise. Une drôle de pensée te vient. Non. Tu t’es habitué à son ventre et ses gros seins. Il y avait quelque chose à l’intérieur, merci Alien, mais pas trop dangereux. T’as même pu lui faire l’amour jusqu’au septième mois. En te demandant si tu n’allais pas fendre le crâne de ce qui semblait réel pour les autres et une vue de l’esprit pour toi. Non, elle n’est pas assez longue. Et il a tout le ventre L’a qu’à aller dans un coin. Mais l’heure de ne plus baiser a sonné.

De s’éterniser à l’éternité, il n’y a qu’un pas. Tu attends. Tout le monde s’en fout. Pourtant tu es le père ! Autant dire la dernière roue de la charrette. Jusqu’à l’incroyable :
- Le travail a commencé. Voulez-vous y assister ?
NON !!! Oui ?... Et pourquoi ils appelent ça un travail ? Et c’est quoi le spectacle ?
- Oui ?...
- Alors revêtez cette blouse, ces gants et ce masque.
J’ai fait l’Infanterie de Marine. J’ai cru que je partais en manœuvre.
- Ces protège-chaussures aussi.

Ca m’a rappelé le seul entraînement que j’ai eu en cas d’explosion atomique. De quoi survivre quelques heures, rapatrier les blessés avant de se retrouver à côté d’eux dans le même état.

J’y suis allé. Je ne me suis pas évanoui. La tête est sortie, le reste avec, pendant que l’autre hurlait et me broyait la main. Ils l’ont secouée.
- C’est une belle fille.
Ben ouais, ducon, c’est la mienne.

Il lui tape sur les fesses, je me lève pour lui en coller une, elle m’agrippe encore plus, sûr je vais avoir des cicatrices. Et ta fille brâme ! Ca commence fort. Tu ne t’y attendais pas et tu te demandes si ça va durer longtemps, si c’est tout le temps comme ça, où est le bouton volume ? Et l’eau est-elle à bonne température ? Qu’est-ce que c’est ce dont elle dégoulinait ?

- Tout va bien.
Heureusement qu’il se rattrape ! Si "l’autre", qui t’a planté les ongles dans le bras, traité d’un tas de noms d’oiseaux que tu ne connaissais pas, qui t’a dit de le fermer, ne m’avait pas retenu. Taper sur ma fille ?

Et vient le moment où l’on pose l’enfant dans les bras de sa mère. Avant de te la passer. C’est tout petit ! Encore trempé, bonjour la chemise. Et c’est toi. Une partie de toi que tu n’as pas fait exprès de créer.

Hors du ventre maternel, te voilà papa. En charge. Responsable. A tout jamais. Quelque chose d’inimaginable, une vue de l’esprit avant qu’on te l’ait mise de force dans les bras, arghhh !!! Et tu as plutôt intérêt à t’éxécuter si tu ne veux pas te mettre l’assemblée à dos, sont trois dans la salle de « travail » plus ta femme qui n’attend que ça comme Eve sa première partie de jambes en l’air.

En fait, tu es entre les deux. Un gros beurk, c’est sale et ça gueule, et une fierté tsunami. Mais j’en fais quoi ? Putain, c’est moi qui l’ai fait. Ca m’a fait penser à Sony. Je l’ai rêvée, j’espère qu’elle va arrêter de me pêter les tympans, et je l’ai faite.

Et passent les jours. Aucun n’est le même. Tu te croyais un, puis deux et tu es trois et quatre. Dur dur pour le guerrier. Et quel moteur pour de grandes chasses afin de les nourrir au-delà de leurs espérances.

- Et toi ?
Sympa qui renvoie l’ascenseur, mais que lui dire ? Sa petite fille va naître et je m’en vais tout doucement. Pas envie de plomber l’ambiance :
- Ca roule.
Je suis toujours aussi con ! Pas un truc à dire quand c’est pour de bon.
- Je suis heureux pour toi. Accroche-toi.
- Oui. J’ai encore des choses à écrire.

Bref tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il est dans sa bulle et l’inconnu qui l’attend le reste. Bonjour les surprises !





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