chez moi
1984




Les plans des puissants

Extrait de "1984" de George Orwell :



" Nous ne cherchons pas le pouvoir en vue de nos propres fins, mais pour le bien de la majorité tel que nous le définissons. Les hommes, ces créatures frêles et lâches, ne peuvent endurer la liberté ni faire face à la vérité. Ils doivent être dirigés par ceux qui sont plus forts qu'eux. L'espèce humaine a le choix entre la liberté et le bonheur, or le bonheur vaut mieux.

Le bien des autres ne nous intéresse pas, nous ne recherchons que le pouvoir, le pur pouvoir. Les nazis et les communistes se rapprochent beaucoup de nous par leurs méthodes, mais ils n'eurent jamais le courage de reconnaître leurs propres motifs. Ils prétendaient s'être emparés du pouvoir pour une période limitée; passé le point critique, il y aurait un paradis où les hommes seraient libres et égaux. Nous ne sommes pas ainsi, nous savons que jamais personne ne s'empare du pouvoir avec l'intention d'y renoncer. On n'établit pas une dictature pour sauvegarder une révolution. On fait une révolution pour établir une dictature. La persécution a pour objet la persécution. La torture a pour objet la torture. Le pouvoir a pour objet le pouvoir.

L'esclavage c'est la liberté. Seul, libre, l'être humain est toujours vaincu. Mais s'il renonce à son identité, s'il se soumet entièrement et totalement, il se fond dans le pouvoir collectif, il est alors tout-puissant et immortel.

Ce pouvoir est aussi le pouvoir sur d'autres êtres humains, sur les corps mais surtout sur les esprits.

Le pouvoir sur la matière n'est pas important, notre maîtrise de la matière est déjà absolue. Ce qui importe c'est de commander à l'esprit. La réalité est à l'intérieur du crâne... Le réel pouvoir, le pouvoir pour lequel nous devons lutter jour et nuit, est le pouvoir non sur les choses, mais sur les hommes. Comment assure-t-on le pouvoir sur un autre ? En le faisant souffrir. L'obéissance ne suffit pas. Comment, s'il ne souffre pas, peut-on être certain qu'il obéit, non à sa volonté, mais à la nôtre ?

Le pouvoir est d'infliger des souffrances et des humiliations. Le pouvoir est de déchirer l'esprit humain en morceaux que l'on rassemble ensuite sous de nouvelles formes que l'on a choisies. Commencez-vous à voir quel sorte de monde nous créons ? Un monde de crainte, de trahison, de tourment. Un monde d'écraseurs et d'écrasés, un monde qui au fur et à mesure qu'il s'affinera deviendra plus impitoyable. Le progrès dans notre monde sera le progrès vers plus de souffrance. Notre civilisation est fondée sur la haine; il n'y aura pas d'autres émotions que la crainte, la rage, le triomphe et l'humiliation. Nous détruirons tout le reste.

Nous avons coupé les liens entre l'enfant et les parents, entre l'homme et l'homme, entre l'homme et la femme. Mais plus tard, il n'y aura ni femme ni ami. Les enfants seront à leur naissance enlevés aux mères, comme on enlève leurs oeufs aux poules. La procréation sera une formalité annuelle, comme le renouvellement de la carte d'alimentation. Il n'y aura plus de loyauté que pour le pouvoir. Tous les plaisirs de l'émulation seront détruits remplacés par l'ivresse toujours croissante du pouvoir, qui s'affinera de plus en plus. Il y aura à chaque instant, le frisson de la victoire, la sensation de piétiner un ennemi impuissant... Autant qu'un monde de triomphe ce sera un monde de terreur... Nous commanderons à la vie à tous ses niveaux.

Vous imaginez qu'il y a quelque chose qui s'appelle la nature humaine qui sera outragée par ce que nous faisons et se retournera contre nous. Mais nous créons la nature humaine. L'homme est infiniment malléable.

Tel est le monde que nous préparons. Un monde où les victoires succèderont aux victoires et les triomphes aux triomphes, un monde d'éternelle pression, toujours renouvelée, sur la fibre de la puissance. Vous commencez à réaliser ce que sera ce monde. À la fin vous ferez plus que le comprendre, vous l'accepterez, vous l'accueillerez avec joie, vous en demanderez votre part en idolâtrant vos propres bourreaux."





Argh !!!

Le vrai problème, c'est qu'il avait raison. Outre le syndrome de Stockholm qui nous déchire tous, on y va tout droit. On y est. Car que faisons-nous, nous les impuissants, les petites gens, masse informe et incapable de s'unir, qui réclame à corps et à cris ses programmes télé, sa petite maison avec clôture de fil de fer barbelé au sommet de grands murs de parpaings même pas crépis, qui ne veut pas que l'on touche à ses acquis, aussi mesquins soient-ils, et préfère s'oublier dans des plaisirs bien futiles quand les trois-quarts de l'humanité périt de faim et sous les bombes. Il y a des bourreaux parce qu'il y a des victimes.

Nos élites, et certainement pas la majorité, mettent leurs brillantes intelligences au service de leur avidité ? Il ne tient qu'au commun des mortels, à commencer par moi, par toi, dans nos actes quotidiens, aussi petits soient-ils, de respecter à la lettre et en tout point la vie sous toutes ses formes, celle de la fourmi, du cachalot et du bébé somalien avec un gros ventre et des tumeurs partout. D'ouvrir les yeux !!! Au lieu de râler au coin d'un bar avec une bande de soifards en perte de sens sur un monde qui se barre on ne sait où, savent-ils eux-mêmes où ils vont ?


CE QUI SE PASSE A L'EXTERIEUR SE PASSE A L'INTERIEUR DE CHACUN D'ENTRE NOUS.


Nos peurs, nos doutes, nos conflits, nos manques affectifs prennent forme dans la matière. Nous projetons et créons un monde à notre image (lire Carl Gustav Jung, pour ne citer que lui).

Ainsi nous sommes TOUS responsables de ce qui arrive. Ces êtres barbares existent bien mais n'ont que le pouvoir qu'on leur donne. En prendre conscience, c'est déjà changer les choses.

Tiens, moi ce soir je vais écouter JJG me chanter : "Et qu'on m'épargne bien longtemps d'avoir à choisir un camp".






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