chez moi
Il aurait aimé naître femme




Photographie de
Dan West
Modèle d'art Vassanta




- Tu grimaces un peu ?
Pas la peine d’être devin, mais il aime l'entendre de sa propre bouche :
- Dimanche, j’ai mes règles.
Rare que Nathalie fasse aussi court. Ça doit être douloureux ce coup-ci. Il s’est toujours demandé ce que ça faisait, mais il n’aura jamais la réponse Un truc comme ça, il faut le vivre. Peut-être comme se raser tous les jours ?
- Je comprends.
- C’est lourd des fois, soupire-t-elle. Ça se voit tant que ça ?
- Non, non ! Je sens que tu souffres et je compatis.
Surtout ne pas l'énerver, première règle des règles. Raser les murs et attendre que ça passe. Les hormones sont hors de son contrôle :
- Vous avez de la chance d’être un homme.
Ce n’est pas la première fois qu’il entend ça, mais aucune ne lui a répondu oui quand il leur demande systématiquement en retour :
- Tu aurais préféré être un homme ?
- Ho non ! Surtout pas !
Un cri du cœur qui l’interpelle à chaque fois :
- Je te rappelle que j’en suis un.
- Non, pas vous ! Si. Vous m'embrouillez. Vous, vous êtes différent.
- Tu sais, c’est impossible à imaginer pour un homme. J’ai essayé ! Souvent ! Mais rien à faire. Les douleurs, la migraine, le mal aux reins, au dos, le ventre ballonné. Et les tampons, les serviettes, les odeurs, les taches, les courses aux toilettes !
Il respire une grande bouffée d’air hospitalier :
- Et les nerfs en pelote, la fatigue. Et celles qui ne veulent pas faire l’amour pendant. Qu’est-ce que j’en ai bavé ! Et ça tous les mois pendant des dizaines d’années ?
- Tu oublies la température.
Il en frissonne. Un cauchemar récurrent. Tous les mois pendant au moins quarante ans, même si la pilule les régulent un peu. Est-ce que la ménopause leur fait des vacances malgré la douleur du passage ? Et moins fréquent mais pire, il avale sa salive :
- Je ne vois pas un homme capable de l’endurer. Comme l’accouchement d’ailleurs, ça a été prouvé.

Comment l'ont-ils prouvé ? Ça fait mal c’est sûr. Il a vu Sylvie accoucher de sa fille, sans s'évanouir, Sophie c’était par césarienne, mais quels tests ont-ils bien pu faire passer pour le démontrer ? Il faut qu’il se renseigne. Peut-être qu’André à étudié ça aussi ? Il en sait tant qu’il n’a même plus besoin de consulter internet. Sa jambe se met à trembler, normal vu ses pensées sur la douleur se dit-il aussitôt. Elle s’approche, s’agenouille et pose fermement sa main sur son genou tandis que de l’autre elle maintient sa cheville. Elle l’apaise comme on le lui a appris, les yeux professionnels sur sa jambe ou dans les siens pour vérifier la qualité de ses gestes. Une fois calmé :
- C’est exactement ça. Vous, vous comprenez. Mais j’aime être une femme même si ce n’est pas évident tous les jours.
- J’aurais aimé aussi…

Rare qu’il laisse traîner des petits points, mais là, il ne peut pas faire autrement. Il lui sourit, elle reprend son travail, il s’imagine. Des seins lui poussent tandis que son sexe disparait. Il apprécie ses nouvelles courbes dans un miroir, se détaille pour rajouter les dernières touches à son utopie, un peu plus de hanche, le petit bidon, des épaules rondes, de longs cheveux bruns, charmante mais pas bimbo. Etre une femme. Il lance souvent ce vœu à l’univers pour sa prochaine vie. La liste de leurs qualités est plus longue que celle des hommes. Bien sûr elles ont leurs défauts, heureusement :
- Nul n’est parfait.
Lui rappelle son copain du Marais quand il l'a prévenu de son hétérosexualité inamovible. Un baiser et c'est tout, pour ne pas mourir idiot. Ca pique ! Mais comment supportent-elles ?

Mais les femmes sont si peu nombreuses à faire du mal en regard de la cruauté du mâle, il porte bien son nom. La femme donne la vie tandis que l’homme la reprend. Lui-même a appris à le faire pendant dix-huit mois de multiples manières. Sans elles il n’aurait rien été, il n’est rien et il ne pourra jamais s’en passer. Il en est complètement toqué et la vie à deux lui manque un peu. Il a choisi la solitude car sa maladie est trop lourde à supporter. Voir décliner l’être que l’on aime est une atroce épreuve à laquelle peu de couples résistent. Il comprend. Qu’aurait-il fait à leur place ? C’est insurmontable. Les soins deviennent de plus en plus lourds. Les conjoints ne sont pas des garde-malades. Il les comprend. Et de toute façon, sa maladie lui est plus supportable seul. Mais il est entouré de femmes. Il ne le fait pas exprès et il aime sa chance. Il éprouve une gratitude envers elles qui le dépasse. Leur dévouement, leur énergie, leur compassion, l’amour inconditionnel de sa mère, lui font souvent demander à Nathalie  :
- Et toi, parle-moi de toi, comment te sens-tu ?

Souvent elle parait surprise de son attention, lui qui aurait tant de raisons de se plaindre entend-il souvent à son sujet  :
- Allez ! Je t’écoute.
Alors elle lui parle d’elle, de son fils, de sa famille, de la vie dehors, de ses "petits" problèmes rajoute-t-elle les doigts entre guillemets. Il attend bien sûr avec impatience la fin de l’histoire, homme il est, qu’elle lui rejoue comme si elle y était :
- Mais alors ?
- Attends !!! Je n’ai pas fini !
- Tu aurais du être comédienne.
- J’étais bonne en théâtre.
Interrompre une femme dans son élan, c’est comme rire avant que la blague soit terminée.
- J’en étais où maintenant ?! Oui, on était quatre dans la boutique.
Et alors ? Et comment fait-elle pour retenir ça ? Est-ce essentiel ? A-t-il un jour compté le nombre de clients, lui qui compte presque tout ? Cette perception du monde le stupéfie. Il y a là un don de l’observation qu’il imite consciencieusement.
- Dans ma prochaine vie, femme je serai. Règles incluses.
Elle rit aux éclats. L’écho se propage dans le couloir jusqu’à l'Infirmerie où est affiché le Commandement "De bruit tu ne feras pas".




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